CHRONIQUES ACTUELLES

Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 08:50


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L’hiver s’attarde, l’hiver s’acharne, au dehors comme à l’intérieur. Après tant de mois passés à affronter le froid, la pluie et le vent, la grisaille a également envahi les esprits. Pourtant blottis derrière l’écran protecteur de nos fenêtres, nos corps frissonnent et nos cœurs s’impatientent de pouvoir admirer à nouveau les arbres élégamment vêtus de leur feuillage tout neuf, ce vert si apaisant qu’il rassure jusqu’aux âmes les plus tourmentées.

Malheureusement ce sont les tempêtes, les averses diluviennes puis le gel et les bourrasques de neige qui sévissent encore. Intempéries, grandes marées, inondations, des dizaines de foyers qui ont tout perdu, tragédies des temps modernes. L’homme victime d’une nature qu’il croyait avoir asservie. Des êtres subissant les conséquences dramatiques des actes irresponsables des plus irrespectueux. De tout cœur je compatis mais je ne peux m’empêcher de songer qu’il était à prévoir que l’on ne devait pas badiner avec la nature.

Contrainte de demeurer à domicile, compte tenu des conditions climatiques, telle une prisonnière dans sa tour de béton et de verre, j’observe le monde pétrifié qui s’agite sous mes yeux. Des rues surchargées de villas et d’immeubles m’encerclent. Au loin la forêt dresse ses silhouettes décharnées. Je me prends à imaginer la sève vibrante en ces troncs, de cette vie latente en ces branches qui ne demande qu’à éclater dans un festival de fraîcheur. La symphonie de la renaissance. Tels ces squelettes efflanqués j’attends avec impatience ce renouveau. La vie est en moi mais l’endroit et la saison ont anesthésié toute envie.

Je me languis de retourner au jardin. Mon jardin. Naguère je jouissais du privilège exquis de passer mes heures au sein d’une maison niché au creux d’un beau terrain peuplé d’essences rares, agrémenté de bassins et nanti d’un joli potager. En ces temps de faveur je n’étais point consciente de ma fortune suprême. Désormais je dispose d’une parcelle  bien plus infime que celle que je détenais hier mais, aujourd’hui, c’est avec un bonheur absolu que j’ai l’intention de profiter de ce lopin. Préparer la terre, choisir avec précaution les semences et les plants, agencer minutieusement le moindre espace, mettre en place les cultures, les arroser et les chérir afin de profiter d’une récolte généreuse. Recevoir les dons de cette terre avec une joie indescriptible parce que rien n’est supérieur aux offrandes de la nature. Pour autant faut il l’admirer sans la bouleverser, la respecter, lui donner énormément d’amour avant d’en attendre des hommages en retour. Cesser de bafouer sa liberté, de la détruire et de la polluer.

Bientôt je passerai des heures pour m’occuper de mes tomates et de mes fraisiers, des pommes de terre et des haricots verts ; je planterai de la ciboulette et du basilic, de la rhubarbe et des soucis ; j’installerai la pivoine que ma fille m’a offerte et j’aiderai les enfants à semer des fleurs. Cet été je consacrerai beaucoup de temps à ma binette et mon arrosoir puis je me reposerai sous le grand saule tout en songeant au travail immense que produit la nature afin de m’offrir ces fruits et ces légumes que j’espère. Lorsque je les cueillerai je penserai à la belle complicité qui nous unit, je n’aurai pas la prétention de posséder des talents géniaux, de me sentir supérieure à un univers existant depuis des millénaires car je suis toute petite et la Création est grande… J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin, gentil coquelicot Mesdames… Gentil coquelicot.

 

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 22:11

 


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                    Napoléon 1°                                           Charles X

 


Classé parmi les pays les plus pauvres au monde, Haïti, suite au monstrueux séisme du 12 janvier 2010, est une nouvelle fois devenu la triste vedette d’un scénario catastrophe dont l’île se serait bien passée. Effrayée par cette tragédie humaine, par l’ampleur des dégâts, la communauté internationale s’est largement mobilisée afin de venir en aide aux Haïtiens qui avaient déjà enduré 4 cyclones aux effets dévastateurs en 2008 ; l’effort mondial aurait permis de récolter 1 milliard de dollars. Cette somme substantielle est néanmoins largement insuffisante lorsque l’on sait que la reconstruction seule de la capitale et de ses environs est estimée entre 8 et 14 milliards de dollars.

Le mercredi 17 février 2010, Monsieur Nicolas Sarkozy a concédé une visite éclair de 4 heures à Port-au-Prince et c’est depuis l’ambassade de France qu’il a annoncé le versement d’une aide de 326 millions d’euros ; cette somme correspondant notamment à l’annulation de la dette d’Haïti à la France pour un montant de 56 millions d’euros.

Annulation de la dette d’Haïti. 56 millions d’euros effacés pour tant d’autres escroqués. Depuis des décennies la France semble se moquer ouvertement de son ancienne colonie, joue la sourde oreille ou est atteinte d’amnésie en ce qui concerne les dommages engendrés par notre pays depuis des siècles sur cette île et ses habitants.

En effet, après la révolte des esclaves, insufflée par la Révolution Française, qui a abouti à l’abolition de l’esclavage en 1793, Toussaint Louverture, nommé gouverneur par la France, promulgua le 09 mai 1801 une constitution autonomiste qui lui conférait les pleins pouvoirs à vie.

Cette décision a naturellement fortement déplu à Napoléon Bonaparte qui, sous l’impulsion des Créoles et des négociants, envoya une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère, le général Leclerc, afin de démettre Louverture et de reprendre le contrôle de l’île. Toussaint Louverture fut certes arrêté puis emprisonné au Fort de Joux dans le Doubs où il est décédé le 07 avril 1803 mais les troupes françaises sous le commandement de Rochambeau finirent par être battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines.

Le 01 janvier 1804 l’indépendance d’Haïti fut proclamée mais le joug de la France sur ce pays est loin de s’alléger puisque par une ordonnance du 17 avril 1825 le roi Charles X concède une « indépendance pleine et entière » moyennant une somme de 150 millions de francs or. Cette somme est certes ramenée à 90 millions de francs or mais elle est à l’origine de l’endettement de l’état haïtien qui l’a toutefois intégralement apurée en 1885.

Le 07 avril 2003 le président Jean-Bertrand Aristide a réclamé officiellement à la France près de 21.7 milliards de dollars en « restitution et réparation » de la dette.

Cette dette de l’indépendance est une injustice totale voire une aberration car c’est le peuple haïtien qui a été victime de l’esclavage pendant des siècles, c’est le peuple haïtien qui a été entraîné par la France dans des affrontements tandis qu’il réclamait une indépendance légitime et c’est toujours le peuple haïtien qui a été ruiné par la métropole tandis qu’il pansait les plaies des précédents conflits, qu’il tentait de se reconstruire. Une dette de l’indépendance exigée à une communauté simplement parce qu’elle a osé se battre pour la liberté, la dignité et l’égalité entre tous les hommes, cela s’apparente à une outrageante injustice sociale. Et pourtant c’est ce que la France, pays des Droits de l’Homme, a imposé.

Depuis près de deux siècles,  des secteurs entiers et essentiels de l’économie comme l’éducation, la santé, sont condamnés suite à cette « réparation » exigée sous peine d’une nouvelle occupation.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a causé la mort d’environ 222 500 personnes, 300 000 blessés sont recensés et plus d’un million de sans-abri. Lors de ce drame ce sont 40% des fonctionnaires qui ont disparu et l’intégralité des bâtiments administratifs qui ont été détruits. Autant dire que c’est le pays tout entier qui est désorganisé.

Aussi lorsque Monsieur Sarkozy précise que « c’est aux Haïtiens de reprendre le contrôle » et de « définir un projet national », on a envie de pleurer sur ce genre de propos si stupides et on a honte qu’il soit président d’une nation comme la France. Reprendre le contrôle de quoi, Monsieur le Président, d’un champ de ruines ? Définir quel projet lorsque les caisses de l’Etat sont vides, que 80% des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté et que 54% sont dans le dénuement le plus total ? Parvenu à ce stade de la sottise humaine, il est des visites qu’il eut mieux fallu éviter, il est des prétendus amis que les Haïtiens devraient vraiment effacer définitivement de leur mémoire…


 

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 14:25


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Au moment où  « Elle » fête les 40 ans des Etats généraux de la femme, immense débat lancé à l’initiative du magazine en 1970, elle prend le temps, aujourd’hui, de s’interroger sur les questions posées à l’époque : quelles sont ses aspirations, sont-elles connues et reconnues, quelle est sa condition, sa place réelle dans la société actuelle ? Elle, c’est moi, c’est toi, c’est vous, ce sont toutes les femmes, de toutes les origines, de toutes les cultures, de tous les milieux sociaux.


Aussi, afin de mieux guider sa pensée, elle songe aux deux ou trois générations de femmes qui l’ont précédée dans sa propre famille et tente de savoir si la situation féminine a vraiment évolué au cours du XX° siècle.

 

 

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Son arrière-grand-mère, Rosalie, orpheline très jeune, vivait dans un village reculé du beau pays ariégeois. Elle n’eut guère le choix que de s’assumer très tôt. Couturière, elle épousa un forgeron en 1907. En 1908 naissait un fils puis une fille en 1911. Elle s’occupait de l’entretien de la maison et du potager, de l’éducation des enfants tout en assurant son emploi dont les rentrées étaient indispensables au foyer. L’homme, dont la tâche était forcément plus fatigante que celle de son épouse, se contentait de son travail puis de rentrer pour mettre les pieds sous la table ou prendre du repos. En 1914 il fut appelé sur le front et c’est seule qu’elle a vécu, en 1915, la perte de son fils, noyé dans le canal en tentant de rattraper son ballon. Lors d’une très rare permission il n’a, par contre, pas manqué de la mettre enceinte et c’est encore seule qu’elle a mise au monde une seconde petite fille, Juliette, à l’automne  1917. C’est toujours seule qu’elle a affronté la disparition de sa première fille au printemps 1918, emportée par la grippe espagnole et c’est définitivement seule qu’elle s’est retrouvée lorsqu’on lui a appris le décès de son mari en octobre 1918, tombé pour la patrie, quelque part dans l’Est. Effondrée, épuisée, assassinée par un destin implacable, Rosalie a  conservé malgré tout, pour sa fille, la dignité d’une mère qui se bat jusqu’au bout pour son enfant, même s’il n’en reste qu’un. Elle a réuni ses maigres bagages, serré bien fort la main de sa bambine et est partie s’installer avec elle dans la capitale. Après quelques mois passés dans un modeste hôtel, elle avait d’ores et déjà épargné l’argent nécessaire pour emménager dans un petit appartement au sein duquel, en plus de son emploi de cuisinière dans une école de son quartier, elle a repris ses activités de couturière. A 50 ans, elle disposait d’une belle aisance qui avait permis à Juliette d’obtenir son Certificat d’Etudes Primaires puis de suivre un apprentissage de modiste. Elle ne s’est jamais remariée, n’acceptant aucun autre homme dans son existence, ne se consacrant exclusivement qu’à son enfant. Même si elle est décédée à 90 ans c’est en fait à l’automne 1914, alors qu’elle n’avait encore que 29 ans que sa vie s’est véritablement arrêtée. La suite n’a été que survie par devoir et obligations. Rosalie est morte en appelant son mari et ses enfants disparus.

 

 

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Juliette, aimante et reconnaissante, ne l’a jamais abandonnée même si elle était consciente que sa seule présence ne suffirait pas à rendre sa mère heureuse. En 1938 elle rencontra un émigré italien, beau parleur au regard ténébreux, qui profita de son innocence pour la séduire puis l’abandonner lorsqu’il sut qu’elle était enceinte. En cet instant débuta pour elle un calvaire comme il est impensable de l’imaginer de nos jours car, à l’époque,  avoir un enfant sans père était la pire des hontes pour une femme. Aussi forte de caractère que sa mère, elle assuma toutefois pleinement sa maternité tout en faisant prospérer son petit commerce de chapeaux. Rosalie cousait, Juliette confectionnait des coiffes. Une petite fille, Marie, naquit au printemps 1939. Pour des raisons certes différentes mais elle se retrouva telle sa mère une vingtaine d’années plus tôt. Vingt ans avaient passés mais rien n’avait évolué pour les femmes. Le mariage ne signifiait pas plus le bonheur assuré que le célibat et elle s’en rendit bien vite compte dans son entourage lorsque ses amies prenaient un époux. Les femmes étaient majoritairement condamnées à demeurer au domicile afin de mieux servir Monsieur, pour entretenir la demeure et assurer l’éducation des enfants. Elles allaient pourtant plus longtemps à l’école, suivaient parfois des études très longues mais non seulement certains secteurs ne leur étaient pas accessibles mais pour les emplois auxquels elles pouvaient postuler elles étaient moins rémunérées que l’homme, en dépit d’une formation égale voire supérieure. Cette réalité conforta rapidement Juliette dans sa pensée que le mariage était comparable à de l’esclavage moderne et qu’en définitive un homme n’était qu’une source de problèmes dans la vie d’une femme, que cette dernière, avec un peu de volonté et de courage, était parfaitement capable de pourvoir seule à ses propres besoins voire d’éduquer un enfant. Elle jugeait l’espèce masculine grossière, insensible et trop peu attentionnée à l’égard du sexe opposé. Malgré de nombreuses propositions, elle n’accepta jamais plus de se placer sous la dépendance d’un homme. Elle aimait Marie et était fière de sa fille mais sa porte fut définitivement fermée à toute aventure. C’est épanouie qu’elle évoluait entre sa mère et son enfant. Ensemble elles sortaient au restaurant, au cinéma, au théâtre et à l’opéra. Ensemble elles partaient en vacances chaque année dans la même pension de famille qu’elles avaient dénichée en Corse. Juliette détenait son permis de conduire, avait acquis une petite maison en banlieue afin que Rosalie puisse prendre une retraite bien méritée, pour se retrouver au calme avec sa propre fille. Juliette avait su s’émanciper du joug masculin et elle s’était fixée comme priorité l’obligation de transmettre cette liberté à Marie. Elle quitta ce monde en 2003, entourée de sa fille et de sa descendance, toujours aussi pétillante qu’en sa jeunesse, patientant pour son ultime voyage avec sérénité car somme toute fière de son parcours et de l’héritage qu’elle léguait à son unique enfant.

 

 

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Marie révéla très tôt des talents inouïs pour le dessin. Enfant calme, dotée d’une belle imagination, elle passait des heures à se raconter des histoires, en solitaire. Par nature Marie ne supportait pas les tapages engendrés par les garçons qui ne songeaient à s’exprimer qu’à travers des jeux bruyants où il était question de courir après un ballon pour marquer le plus de buts possibles, de batailler avec des bâtons pour s’affirmer comme le chef de bande, supériorité gagnée dans le combat ; dès son plus jeune âge il ne peut s’empêcher de régner par les coups ou des paroles chargées de violence ; dans son esprit d’enfant elle se représentait les garçons telles des brutes épaisses manquant totalement de raffinement, des êtres se moquant en permanence de la coquetterie féminine, sous-estimant les aptitudes des filles, réduisant leur avenir à celui d’une bonne servile épousée juste pour lui faire des enfants et bénéficier de ses services sans avoir à débourser le moindre centime. Marie n’avait pas 10 ans quand elle commença à détester ces airs dédaigneux qu’empruntaient les garçons à l’égard des filles et se fit la promesse que jamais elle ne se laisserait dominer ou dévaluer par un homme. Elle préfèrerait engendrer la souffrance plutôt que de la subir. Après des études de dessins publicitaires accomplies dans une école privée, elle se vit offrir en 1968 le poste de responsable de la publicité d’une grande compagnie nationale. Elle hésita longuement à accepter cet emploi car il impliquait des déplacements réguliers à l’étranger qui l’obligeraient à s’éloigner de sa mère et de sa grand-mère dont elle ne pouvait se passer. Par ailleurs elle était très investie dans divers mouvements féministes et n’aspirait pas à abandonner la lutte pour ses idéaux. C’est au retour d’une de ses réunions qu’elle fit la connaissance de Pierre, chauffeur de son bus. D’emblée ce fut un coup de foudre réciproque auquel elle ne s’attendait véritablement pas. Certes, toutes ses amies étaient mariées voire mère de famille et elle espérait elle-même, compte tenu de ses 29 ans, devenir un jour maman mais le mariage, la vie en couple, ne l’inspiraient guère. Elle chérissait beaucoup trop sa liberté pour vraiment s’imaginer devoir rendre des comptes à un individu qui, forcément, bouleverserait la sérénité de ses heures. L’idéal eut été de faire un bébé toute seule. C’était sans compter sur les élans du cœur. C’est pourquoi au mois de juillet de la même année elle accepta de devenir l’épouse de Pierre. Cette étape métamorphosa comme prévu tous ses plans initiaux. D’abord son mari n’accepta pas qu’elle travaille prétextant qu’il était ridicule d’envisager une union s’ils ne devaient jamais se voir. Allégation renforcée par la perspective de la venue prochaine de leur premier enfant. Marie fit donc profil bas et remisa au placard toutes ses ambitions professionnelles. Estelle naquit en avril 1970, puis se fut Benjamin en mars 1971, Rémi en juillet 1972 et Vanessa en mai 1975. Entre temps, Marie s’était aperçue du penchant pour la boisson de Pierre, supportait une belle-mère envahissante et tyrannique, s’était empesée d’une bonne trentaine de kilos et avait perdu toute la belle personnalité de son caractère. Sa volonté s’était totalement évanouie, elle végétait entre les couches et les biberons, vivait par procuration au travers des magazines qui prônaient l’image d’une femme belle, élégante, intelligente, libre et équilibrée. Les journées étaient épuisantes et les soirées d’enfer quand son mari, ivre, rentrait pour hurler sur tout ce qui bougeait, tyrannisait ses enfants et persécutait sa femme. Il fallut bien du courage à Juliette pour oser se mêler de cette histoire et oser bousculer sa fille afin qu’elle assume dignement les responsabilités qui étaient les siennes. Rosalie venait de décéder, elle était un modèle pour Marie qui se remémora le parcours autrement difficile de son aïeule et décida de se reprendre en mains. Elle retrouva d’abord sa silhouette, dénicha un emploi en conformité avec sa formation puis aborda l’étape la plus difficile en réclamant la séparation. L’instant fut pénible à traverser pour elle mais également pour les bambins car les femmes et les enfants, en dépit des preuves accablantes comme dans son cas, étaient loin  de bénéficier de la même protection sociale et judiciaire qu’aujourd’hui. Le divorce obtenu, Marie s’installa chez sa mère qui venait de prendre sa retraite. A 38 ans elle se retrouve seule à élever ses quatre progénitures mais elle s’aperçoit désormais que la présence de Pierre à ses côtés n’a jamais été qu’une illusion, un changement d’état civil qui n’a fait que ternir son quotidien, une lourde charge à supporter ainsi qu’une entrave majeure à son épanouissement et celui de ses enfants. Rapidement elle trouve ses marques dans la société active et, grâce au précieux soutien de sa mère, jongle allègrement entre sa vie privée et professionnelle. Naturellement les journées sont bien chargées mais sa tranquillité n’a pas de prix. Pierre s’est évanoui dans la nature, oubliant jusqu’à son rôle de père, noyant probablement ses échecs dans le fond d’une bouteille. Les années passent, les enfants grandissent, Marie gravit les échelons au sein de son entreprise et termine sa carrière avec la charge du département publicité de sa société.  Après de solides études imposées, les enfants se sont embarqués pour divers horizons mais ils semblent heureux, dans l’ensemble. Elle les voit de tant en tant, pour les fêtes ou son anniversaire… Elle ne se plaint pas car chacun sa vie… Le monde a changé, les priorités aussi… Et puis il y a elle. Elle c’est Vanessa, la seule qui soit demeurée très proche de sa mère, la seule qui ait les mêmes valeurs, qui connaisse des déboires semblables.

 

 

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Vanessa a 35 ans, elle est psychologue, mariée, trois enfants, divorcée, remariée, deux enfants et à nouveau séparée. Vanessa est une belle femme élancée, élégante et sportive. Intelligente et instruite, ses facultés intellectuelles lui permettent d’aborder l’existence avec une bonne dose de réalisme. Bien que franchement cartésienne dans sa manière d’organiser son quotidien, elle n’en demeure pas moins une grande sentimentale qui se rêve l’amour avec un grand A, la passion dévorante avec un Roméo des temps modernes. Indépendante, totalement apte à assumer ses 5 enfants, elle ne peut s’imaginer une union autrement que submergée dans une foule de bons sentiments, d’attentions délicates et de mots tendres. Adepte de la communication à outrance, c’est une cérébrale qui ne parvient pas à dominer sa pensée, sa réflexion quels que soient l’instant et les êtres concernés. Aussi, en dépit de sa réussite professionnelle, de sa position sociale privilégiée et surtout  du bonheur que lui procurent ses chérubins, elle ne sait que s’apitoyer sur l’échec de sa vie sentimentale et qualifie son parcours de déroute monumentale. Obsédée par la solitude, effrayée à l’idée que son destin soit aussi dénué d’affection que ses ancêtres, elle s’acharne à trouver coûte que coûte un partenaire digne de ses attentes qui puisse l’accompagner jusqu’à la fin de ses jours.

 

 

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Plus de 100 cent ans ce sont écoulés depuis le mariage de Rosalie. Quatre générations de femmes se sont succédées et pourtant la réalité reste la même. La femme pense s’être émancipée car elle a acquis certaines libertés comme le droit d’exercer une profession, d’entretenir son corps au sein d’un club, de choisir ou non d’être mère mais ce ne sont que des détails perdus dans un océan d’incompréhension, d’inégalités et d’injustices. Effectivement aujourd’hui la femme n’a plus besoin de l’autorisation de son mari pour travailler mais en contrepartie elle ne doit pas oublier de s’occuper également du ménage, des enfants, des courses au supermarché, des nuits à veiller lorsque les gosses sont malades, etc… Ainsi elle s’est elle-même condamnée à devoir subir le double de tâches sans pour autant en acquérir plus de reconnaissance.


Quel homme est capable d’établir une liste précise et exacte des aspirations de son épouse ? Quel est l’homme qui, en toute honnêteté, peut affirmer qu’il y répond ? Combien de femmes, avec une formation équivalente et pour un job similaire, gagne le même salaire qu’un homme ? Combien de pays octroient une juste place à la femme dans la direction de leur état, dans les ministères, aux postes les plus élevés des entreprises, des banques ou des administrations ? Même au cinéma les acteurs les plus en vue perçoivent 2 à 3 fois plus que l’actrice la mieux rémunérée… De nos jours, non seulement la femme se doit d’être belle, entretenue, coquette, intelligente, instruite mais, de surcroît, pourvoir autant que possible à son indépendance financière. Résultats des courses, l’homme moderne n’est pas plus à l’écoute que ses prédécesseurs mais, en plus, il n’est même plus digne de sa réputation de chef de foyer, fort et responsable, capable de garantir le gîte et le couvert à sa famille ! Par contre il est toujours aussi notable de préciser qu’il est majoritairement à l’origine de tous les conflits qui éclatent à travers la planète, de la dégradation évidente de cette dernière ; en résumé qu’il est l’incarnation du mal qui entraîne notre monde à sa perte ! Les hommes commandent, les hommes gèrent, les hommes décident, les hommes se trompent, les hommes sont à la tête des plus importants réseaux d’assassins et d’escrocs, de trafics de drogue et de prostitution,  mais ce sont les femmes et les enfants qui paient l’addition !


S’il est une évidence que l’évolution des technologies surtout en matière d’électroménager et de transport, le développement de certains produits comme les plats préparés, la mise en place de structures adaptées pour l’accueil des jeunes enfants, le libéralisme dans les mentalités et les lois quant au droit légitime de disposer de son corps, sont une avancée importante pour la condition de la femme ; il est également indubitable que bien des femmes, telle Vanessa, ne sont guère plus épanouies que leur arrière-grand-mère dans leur vie privée. Un diplôme, un métier, un permis de conduire ne seront jamais les clefs du bonheur. La vérité est ailleurs. Si la femme détient une idée précise de son image, de sa position dans la société, de ses attentes, il est essentiel qu’elle soit reconnue dans son entité, qu’elle soit soutenue dans ses désirs professionnels et sociaux mais surtout privés. Malheureusement peu d’hommes sont conscients qu’ils ne peuvent pas établir le même genre de relations avec le sexe opposé comme ils le font avec leurs collègues de bureau ou leurs copains de sport. L’homme ne tient toujours pas compte de la fragilité de la femme, de ses besoins de douceur et de tendresse, n’acceptent pas leurs pleurs et leurs craintes.


Tant que ceux qui sont aux commandes de quasiment tous les rouages de la communauté, tant que le mâle refusera d’offrir le plus meilleur qui est enfoui au fond de son cœur, la femme demeurera un être en souffrance…

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 01:45




Du 16 au 18 novembre 2009, s’est tenu à Rome le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire sous l’égide de la FAO.


En dépit du milliard d’êtres humains victimes de malnutrition, des appels désespérés des organisations humanitaires, de l’investissement personnel de Monsieur Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, qui a tenté de bouleverser l’opinion internationale en observant une grève de la faim de 24 heures quelques jours avant le début de ce sommet, aucun des dirigeants du G8 n’a daigné effectuer le déplacement dans la capitale italienne.


Seul Silvio Berlusconi, échappant ainsi à une convocation de justice, a fait acte de présence. Belle mascarade !


Preuve supplémentaire que la faim, la maladie, l’enfer quotidien d’un sixième des habitants de notre planète n’intéressent aucune gouvernance, surtout pas les dirigeants des états les plus riches qui n’ont pas de temps à perdre dans des rencontres qui pourraient les mettre mal à l’aise face à leur indifférence, leur manque d'investissement sérieux.


Depuis trop longtemps des promesses sont faites mais jamais respectées. Monsieur Jacques Diouf espérait énormément de ce nouveau sommet comme l’engagement à faire passer de 5 à 17% la part de l’aide publique au développement consacrée à l’agriculture. Cette augmentation permettrait de porter l’aide de 7.9 milliards annuels à 44 milliards, soit une avancée énorme pour les pays les plus nécessiteux mais qui restait tout de même bien en-dessous de la somme exorbitante allouée au soutien des agriculteurs des pays riches : 365 milliards de dollars.


Aujourd’hui, avec ces absences indécentes, les nations les mieux nanties ne cachent même plus leur jeu même si ce sont 17 000 enfants qui meurent chaque jour soit 1 toutes les 6 secondes et plus de 6 millions d’innocences assassinées annuellement par l’indifférence des riches.


Comportement d’autant plus indignant, comme l’a justement souligné Monsieur Olivier Longué, Directeur Général de Action contre la Faim, lors d’un journal télévisé, que ces mêmes dirigeants sont capables d’organiser en des délais record des réunions pour sauver des banques à l’autre bout du monde. Il est vrai que les intérêts ne sont point identiques !


Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 13:34

 



C’est l’histoire de Mohamed qui a fui la Côte d’Ivoire pour rejoindre l’unique pays qui, à ses yeux, symbolisait le paradis sur terre. Mais ce pourrait être aussi celle de Joseph venu du Congo ou de Mamadou de Guinée. C’est seulement le périple d’individus qui ont été contraints d’oublier d’où ils venaient pour tenter de métamorphoser leur destin en essayant de semer de meilleures graines en un sol apparemment plus fertile. Ils y croient tous, Mohamed aussi.


C’est donc l’histoire de Mohamed qui a fui la Côte d’Ivoire pour plein de raisons, trop de raisons. D’abord parce que là-bas plus de morts que de vivants l’entourent ; parce que les gens de son ethnie, depuis plusieurs années, ne sont pas ou plus considérés comme des Ivoiriens à part entière ; parce que son dernier lien, un frère de sang et de cœur, un seul, l’unique, est déjà installé en Europe ; parce que, depuis les événements de 2001, la Côte d’Ivoire survit dans un chaos total, dans une détresse de plus en plus intense ; parce qu’il n’y a plus d’avenir pour lui sur la terre de ses ancêtres.


Lorsqu’il a pris le maigre sac qui contenait toute sa vie, Mohamed avait le choix. Il aurait pu rejoindre ce frère aux Pays-Bas ou cet ami en Italie, un autre en Angleterre ou encore aux Etats-Unis, mais il a opté pour la France car on y parle sa langue maternelle, c’est le pays de la première vraie révolution, des Droits de l’Homme et de la Liberté. Liberté, égalité, fraternité, ces mots résonnent bien mais ont-ils encore un sens aujourd’hui ? Tant d’âmes se sont perdues pour ces idéaux, bien peu ont vraiment résisté à l’usure de cette désolante réalité.


Mohamed arrive en mars 2008 dans l’empire du tout puissant Nicolas Sarkozy. Très vite des propos fort négatifs lui sont rapportés quant à l’issue de ses jours en France. Une crise économique terrible sévit, l’emploi manque, les entreprises ferment les unes après les autres, les conditions de travail sont difficiles car il y a tellement de demandes pour si peu d’offres. Trouver un logement s’avère être un véritable parcours du combattant car les prix sont exorbitants et les conditions sont draconiennes. Et, de surcroît, il devient de plus en plus ardu de légaliser sa situation depuis que le petit dictateur s’est installé au pouvoir.


Pourtant rien n’abat la volonté de Mohamed. Il est ici, il ne peut plus reculer, il n’a plus rien si ce n’est l’espoir pour continuer à avancer, comme tant d’autres avant lui et autant après. Même le diabète de type 1 décelé au détour d’un malaise presque fatal n’entame en rien son désir d’installation et d’intégration. Mohamed est fort, optimiste, décidé, car il est convaincu qu’une bonne étoile veille sur lui. Il a en effet rencontré une belle et généreuse fée, la femme de sa vie, sa bichette, sa douce et bien-aimée Sarah. Entre eux cela a été le coup de foudre. Elle est jeune et jolie, et terriblement amoureuse. Pour elle il décrochera la lune. On ne sépare pas les gens qui s’aiment. Tout s’arrangera avec le temps. Il sera régularisé, il trouvera un emploi et un logement, ils s’installeront ensemble, ils se marieront et auront des enfants. Le bonheur quoi, simple et sans fioritures, mais le bonheur dans toute sa splendeur.


Malheureusement tout ne va pas vraiment dans le sens du scénario que Mohamed s’était écrit en son esprit. Tout d’abord il y a les procédures. Incontournables, elles avancent telle une tortue avec un frein. Dans un premier temps Mohamed se doit d’abord d’être soigné. OK. Dans un second temps l’existence de Sarah c’est bien beau mais ce n’est absolument pas un argument pour demeurer sur le territoire français. S’il aime vraiment sa belle, pas de problème, bon retour à Abidjan et joyeuses noces là-bas ! Petit hic, la jeune aimée n’est ni orpheline ni sans famille. Elle a un quotidien bien établi en France et la Côte d’Ivoire ne fait pas vraiment partie des pays dans lesquels elle a envie d’établir son futur et d’élever ses progénitures.


En conséquence, le couple entame ce que je nommerais l’enfer du devoir. Les dés sont lancés mais le résultat ne s’affiche sincèrement pas dans le sens projeté. Après un séjour en foyer Mohamed s’installe dans un studio octroyé à sa fiancée par un office d’HLM en mars 2008. La jeune femme ne détient qu’un contrat à durée déterminée et Mohamed ne possède toujours aucun titre de séjour susceptible de l’autoriser à travailler. Cela fait une année qu’il a posé le pied sur le sol français, une année qu’il n’émet qu’un souhait, celui de travailler mais il est toujours sans aucune autorisation légale. L’état français prend en charge l’intégralité des soins et examens relatifs à sa maladie, l’héberge pendant plusieurs mois dans une structure où il ne débourse pas un centime, la note revient aux contribuables alors qu’il ne souhaite qu’une chose : être actif. Rien à faire, la procédure est la procédure.


En mars 2008 le couple découvre la grossesse de la jeune femme dont le bébé est prévu pour décembre. Nouvelles démarches. Compte tenu de son état, Sarah évoluant dans un job physiquement pénible est contrainte d’aligner les arrêts de travail et voit son CDD non renouvelé à l’échéance légale. Mohamed ne s’inquiète guère car avec la venue du bébé il aura un titre de séjour et il pourra enfin travailler. Hélas l’administration française et ses tonnes de lois n’envisage pas les choses sous le même angle. Au mois de juin 2009 c’est uniquement un titre de séjour provisoire de 3 mois n’autorisant l’exercice d’aucun emploi qui est délivré et il en sera ainsi jusqu’à la naissance de l’enfant.


Résultat des courses : le couple vit aujourd’hui avec les indemnités maladie de la jeune fille (environ 420 euros mensuels) ainsi que la part RSA à laquelle elle seule peut prétendre c’est-à-dire environ 210 euros par mois soit un total de 630 euros. Compte tenu de son titre provisoire, Mohamed ne peut prétendre au RSA. A la venue du bébé il aura un titre de séjour de 1 an n’ouvrant toujours aucun droit au RSA car il faut obligatoirement détenir un permis délivré pour minimum 5 ans. Etant donné la nouvelle législation en vigueur, il ne peut percevoir aucune indemnisation quelle qu’elle soit et ne peut suivre aucune formation. Les larmes pour pleurer.


Cela fait presque 18 mois que Mohamed se bat pour exercer même l’emploi le plus ingrat mais l’état français préfère assumer des prises en charge superflues, verser du RSA à sa compagne que de lui octroyer le droit de gagner dignement sa vie. Aussi, afin de ne pas être totalement inutile, tous les après-midi, Mohamed est bénévole à la Croix-Rouge.


Le cas de Mohamed n’est pas unique en France. Personnellement il s’estime heureux car il a l’amour de Sarah et ce bébé qui va bientôt arrivé. Cela lui donne l’espoir qu’il se dirige vers des jours meilleurs, même si jour après jour un sentiment de honte et d’impuissance l’envahit. Il va être père et il ne peut même pas subvenir décemment à l’entretien de sa compagne et de l’enfant qu’elle porte. Il ne dispose même pas de 5 euros gagnés à la sueur de son front et avec toute l’ardeur de son cœur pour ne serait-ce que lui offrir un bouquet de fleurs. Il est totalement tributaire d’une jeune fille de 19 ans. Car, en dépit de tout l’amour sincère et profond qu’il reçoit, des épreuves qui ne se doivent que passagères, il demeure avant tout un homme. Un être avec une intelligence, de la force et des sentiments. Un homme qui respecte les autres mais qui souhaiterait qu’il en soit de même pour lui mais comment serait-ce possible lorsque l’on ne possède même pas le droit légitime de gagner honnêtement l’argent indispensable à la survie en cette société ?


Que reste-t-il à ces pauvres âmes échouées sur notre sol dans l’espoir de trouver mieux que la barbarie qui fait rage chez eux, que la misère à tous les étages de leur pays ? A la cruauté de leurs concitoyens nous offrons l’indifférence. Ils ne mourront pas sous les balles ou dans les horribles souffrances de la famine et des maladies mais sous les regards insensibles ou dégoutés d’individus qui se croient civilisés. C’est sans remords que les multinationales spolient les richesses de leur sous-sol, c’est en toute impunité que les gouvernements occidentaux couvrent des régimes qui leur rapportent, installent et protègent des bourreaux qui les enrichissent personnellement mais c’est au nom de l’intérêt national que ces mêmes politiques affirment agir lorsqu’ils se réfugient derrière des lois qu’ils pondent pour refouler ces populations jugées indésirables. Quelques nantis occidentaux veulent bien s’en mettre plein les poches avec les trésors du sol africain puis s’arrangent à ne pas devoir en subir les conséquences. Beaucoup trop ont encore la fâcheuse tendance à croire que l’Africain est un imbécile qui se laisse dévaliser sans rechigner et accepte ensuite de crever la gueule ouverte. Viendra un jour où ces hommes et ces femmes demanderont légitimement des comptes. A défaut d’effacer l’ardoise colossale nous pourrions au moins faire preuve de reconnaissance et les accueillir avec un peu plus de respect et de faveurs que nous le faisons.


C’est l’histoire de Mohamed qui a fui la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, après 18 mois d’errance en France, il a presque oublié pourquoi tant il a échangé un enfer pour un autre. Depuis toujours Mohamed est heureux du peu qu’il a car il ne connait pas le sens des mots « très » et « trop », comme nous autres gavés de la société de surconsommation, mais désormais il a découvert un nouveau terme : « pas », celui-là même qui signifie rien. Ailleurs, en d’autres temps, il n’était que peu et ne possédait que peu. Ici et maintenant, comme tant d’autres de ses frères, il n’est rien et possède encore moins.


Hier encore il rêvait sur les cartes postales qu’il recevait du pays de Voltaire et de Rousseau, il s’évadait sur les jolis vers de Hugo ou de Lamartine, il admirait ces hommes forts qui avaient su bâtir une vraie république, un état libre et puissant. Image d’Epinal qu’un gosse se dessinait d’une contrée si lointaine. Désormais il prie pour se tromper sur la triste réalité qui s’affiche sous ses yeux. Comme des milliers d’autres Mohamed pensait que la France était le plus beau pays au monde. Il y croit encore mais souhaiterait tout de même en avoir quelques preuves concrètes. Pas de ces cadeaux inutiles, pas de ces assistances vaines, pas de ces séjours interminables passés à errer dans l’attente du pire comme du meilleur, seulement une juste reconnaissance de sa condition humaine, l’abandon de son statut de container mis en quarantaine dans la perspective d’une décision légale. S’il nous reste un soupçon de conscience, pour lui et pour tous les autres qui traversent des épreuves semblables, agissons vraiment pour que demain la France soit réellement digne de sa réputation.


Cessons de jouer aux 3 singes, arrêtons de nous voiler la face en accusant abusivement les étrangers de tous les maux de notre société. Acceptons de regarder la vérité en face, celle qui nous crie que les boulots qu’ils font nous ne les ferions jamais, que les logements qu’ils occupent nous ne les habiterions pas. Admettons que bien de nos concitoyens ont abusé de leur supériorité technologique pour voler aux Africains les richesses qui leur appartenaient. Concédons que l’aide que nous fournissons à tous ces peuples affamés est dérisoire, que nous leur vendons le matériel mais pas la technique pour l’utiliser, que nous prodiguons des conseils mais pas les protocoles de mise en place, que nous les escroquons encore en leur offrant la théorie et pas la pratique, que nous les leurrons en leur faisant croire que chez nous c’est bien mieux que chez eux, que nous sommes civilisés et instruits tandis qu’ils ne sont que des attardés sauvages.


L’Occidental se complait dans son sentiment de supériorité. Il a été le premier à… Il a surtout été le premier à mettre les autres dans le chaos et la détresse, à engendrer des idéologies destructrices. C’est facile de dominer lorsque l’on possède des armes effrayantes pour asservir de pauvres innocents ; c’est aisé de prospérer lorsqu’on y parvient par le biais de main-d’œuvre pas chère voire gratuite.


On ne peut refaire l’Histoire mais nous pourrions en avoir suffisamment honte pour changer nos comportements actuels et futurs. Prêter une écoute attentive aux propos de ces êtres qui ne débarquent pas chez nous pour y faire du tourisme mais tentent d’y trouver une issue plus florissante. Réserver des paroles chaleureuses et réconfortantes, positives et accueillantes. Tendre une main sincère et engager des actions constructives pour tout le monde. Songer que quelque part Mohamed attend que la France soit son pays jusqu’à son dernier souffle.


 

 


 

Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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