Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 22:16


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Dans la douceur des heures évadées

Tandis que la brise danse dans  mes cheveux déliés,

Enlace les silhouettes de blé,

Mes pas se perdent sur un sentier escarpé.

Les pensées lovées dans les nuages,

Eludant du temps les orages,

Je glane un bouquet de coquelicots

Pour fleurir mon cœur en lambeaux.

Mon regard s’accroche à ces bois obscurs

Comme une âme meurtrie dans la rupture.

Là je pleure mes songes à l’ombre

De leurs grandes couronnes sombres.

Leurs flancs se baignent dans l’onde pure

D’un ruisseau qui s’évanouit dans la verdure.

La source qui s’enfuit dans un murmure

Panse de sa fraîcheur mes blessures.

Les senteurs de champignons et de mousse

Embaument les chemins de ma course ;

Les effluves des fougères et des écorces

Inondent alentour avec force.

Isolée des cris et des larmes ;

Retirée des bruits et des drames,

Noyée dans la sérénité unique des lieux,

Je ressens la grâce magique des Cieux.

La nature s’éveille,

Je m’émerveille.

 


Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : POEMES - Communauté : Blois, autrement
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 08:50


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L’hiver s’attarde, l’hiver s’acharne, au dehors comme à l’intérieur. Après tant de mois passés à affronter le froid, la pluie et le vent, la grisaille a également envahi les esprits. Pourtant blottis derrière l’écran protecteur de nos fenêtres, nos corps frissonnent et nos cœurs s’impatientent de pouvoir admirer à nouveau les arbres élégamment vêtus de leur feuillage tout neuf, ce vert si apaisant qu’il rassure jusqu’aux âmes les plus tourmentées.

Malheureusement ce sont les tempêtes, les averses diluviennes puis le gel et les bourrasques de neige qui sévissent encore. Intempéries, grandes marées, inondations, des dizaines de foyers qui ont tout perdu, tragédies des temps modernes. L’homme victime d’une nature qu’il croyait avoir asservie. Des êtres subissant les conséquences dramatiques des actes irresponsables des plus irrespectueux. De tout cœur je compatis mais je ne peux m’empêcher de songer qu’il était à prévoir que l’on ne devait pas badiner avec la nature.

Contrainte de demeurer à domicile, compte tenu des conditions climatiques, telle une prisonnière dans sa tour de béton et de verre, j’observe le monde pétrifié qui s’agite sous mes yeux. Des rues surchargées de villas et d’immeubles m’encerclent. Au loin la forêt dresse ses silhouettes décharnées. Je me prends à imaginer la sève vibrante en ces troncs, de cette vie latente en ces branches qui ne demande qu’à éclater dans un festival de fraîcheur. La symphonie de la renaissance. Tels ces squelettes efflanqués j’attends avec impatience ce renouveau. La vie est en moi mais l’endroit et la saison ont anesthésié toute envie.

Je me languis de retourner au jardin. Mon jardin. Naguère je jouissais du privilège exquis de passer mes heures au sein d’une maison niché au creux d’un beau terrain peuplé d’essences rares, agrémenté de bassins et nanti d’un joli potager. En ces temps de faveur je n’étais point consciente de ma fortune suprême. Désormais je dispose d’une parcelle  bien plus infime que celle que je détenais hier mais, aujourd’hui, c’est avec un bonheur absolu que j’ai l’intention de profiter de ce lopin. Préparer la terre, choisir avec précaution les semences et les plants, agencer minutieusement le moindre espace, mettre en place les cultures, les arroser et les chérir afin de profiter d’une récolte généreuse. Recevoir les dons de cette terre avec une joie indescriptible parce que rien n’est supérieur aux offrandes de la nature. Pour autant faut il l’admirer sans la bouleverser, la respecter, lui donner énormément d’amour avant d’en attendre des hommages en retour. Cesser de bafouer sa liberté, de la détruire et de la polluer.

Bientôt je passerai des heures pour m’occuper de mes tomates et de mes fraisiers, des pommes de terre et des haricots verts ; je planterai de la ciboulette et du basilic, de la rhubarbe et des soucis ; j’installerai la pivoine que ma fille m’a offerte et j’aiderai les enfants à semer des fleurs. Cet été je consacrerai beaucoup de temps à ma binette et mon arrosoir puis je me reposerai sous le grand saule tout en songeant au travail immense que produit la nature afin de m’offrir ces fruits et ces légumes que j’espère. Lorsque je les cueillerai je penserai à la belle complicité qui nous unit, je n’aurai pas la prétention de posséder des talents géniaux, de me sentir supérieure à un univers existant depuis des millénaires car je suis toute petite et la Création est grande… J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin, gentil coquelicot Mesdames… Gentil coquelicot.

 

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 00:42


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S’il est un terme magique et unique qui agit en nos vies tel un sentiment divin c’est bien la liberté.

Celle de vivre avant tout,  aussi indépendant que l’oiseau, porté par le vent, apte à pouvoir admirer l’immensité de l’univers qui se déroule sous ses ailes, semblant disposer d’un espace infini. Effacer toutes les chaînes qui nous retiennent à de futiles possessions, gommer les devoirs et les obligations que l’on se créée inutilement. Vivre libre même si ce n’est que survivre parce que le quotidien n’est que misère et désolation, routine et ennui, désespoir et solitude. Vouloir rester ou choisir de partir car l’habituel est devenu trop banal. Demeurer pour changer ou s’enfuir pour délaisser. Vivre en couleur ou en noir et blanc, optimiste ou dépressif chronique. Ne pas distinguer les différences, considérer le monde telle une grande famille. Limiter ses contacts et poser des bornes à sa tolérance. S’habiller de rouge ou de rose, que ce soit pour un mariage ou un enterrement, sans raison ni cause, au-delà des saisons, simplement par envie. Regarder les heures qui coulent et ne rien faire, observer la foule et casser le moule. Etre comme tout le monde ou refuser de tourner dans la ronde. Se fondre dans la masse jusqu’à devenir transparent, oublier son image, sa rue et son âge. Lâcher la main, danser à l’envers, chanter faux et oublier les paroles. Ne plus être sage, ne pas apprendre ses leçons et dormir à la belle étoile. Ne jamais se trahir ou faire semblant, être vrai tout le temps ou porter des masques, se déshabiller sans complexes ou se replier sur soi-même. Admettre ou refuser mais vivre avec liberté, fraternité et dans l’égalité.

 

Liberté d’apprendre, de vouloir tout comprendre. L’esprit toujours en alerte tel un cahier dans lequel on retranscrit les moindres détails. Trouver les réponses aux pourquoi et aux comment. Elucider tous les évènements, les causes et les conséquences, les acteurs et les victimes. Comprendre les incidences sur l’immédiat et dans l’avenir. Retenir les dates et les lieux, les noms des hommes et ceux des dieux. Situer les endroits et discerner la frontière qui sépare un être ordinaire d’un génie. Engranger les notes, maîtriser les partitions, dompter tous les arts pour dominer la création, pour illuminer son existence avec des teintes éclatantes et noyer ses jours dans un tourbillon de musique entraînante. Chercher dans les livres les sources de nos délires, les fondements de nos croyances et les preuves de nos erreurs. Etudier les sagesses, les trois dimensions d’une vie achevée, le pouvoir des mots et la force des idéaux. Se nourrir d’histoire, celle avec un grand H ainsi que les petites qui l’alimentent. Pénétrer toutes sortes de romans afin d’aborder une multitude d’aventures, traverser cent vies, s’enivrer des parfums lointains, un jour Docteur Jekyll et l’autre Mr Hyde. Apprécier la géographie pour visiter une multitude de pays, les paysages, les climats, les communautés et leurs cultures. Libre d’apprendre pour garnir son esprit, enrichir et embellir son âme puis ressentir les bienfaits de la connaissance.

 

Liberté de parler, oser tout dire, ne jamais rien cacher. Mettre  à jour les abus, les intolérances et les inadmissibles. Révéler les évidences et les incohérences, les injustices et les privilèges, les mérites et les qualités. Surmonter ses craintes et porter haut sa voix, ne négliger aucun détail, éluder les représailles. Ne s’octroyer aucune limite, utiliser tous ces mots qui font frémir les peaux et glacent le sang,  pour qu’éclate seulement la vérité, celle fondée et justifiée, non de ces rumeurs empoisonnées colportées par des langues malsaines. Apporter son soutien aux plus faibles et aux déshérités, aux malades et aux oubliés. User de sa liberté de quémander, critiquer, exiger pour que bougent les habitudes et changent les attitudes.

 

Liberté de penser, impossible à contrôler, moteur secret alimenté par tous les évènements qui bousculent nos âmes, gonflent nos veines et enflamment notre cœur. Souffrir de toutes les horreurs, pleurer de tous les malheurs. Laisser les émotions se déchaîner, percevoir la révolte qui gronde jusqu’au bout des doigts et le désespoir qui inonde notre corps. Sentir l’enthousiasme qui électrise jusqu’aux cheveux, la machine qui s’emballe, le bonheur qui chahute. Penser que c’est faux même si c’est notre loi, ne pas admettre parce que c’est écrit, ne pas cautionner simplement parce que la masse valide. Penser que c’est vrai car c’est notre foi, notre opinion profonde, nos certitudes. Avancer clair, la raison en harmonie avec les sentiments. Penser en rouge ou blanc, pencher vers le vert ou décider de s’abstenir. Penser sans s’arrêter pour vibrer en permanence, sans chaînes ni filets, car c’est un droit éternel, de toutes les couleurs, universel, un privilège acquis que nul pouvoir ne peut révoquer, qu’aucune puissance ne pourra jamais asservir. Liberté de penser, à tous les temps, en tous les lieux, seul ou en collectivité, aujourd’hui, demain et jusqu’à l’ultime seconde.

 

 

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 Liberté d’agir, selon nos désirs, suivant nos envies. Se coucher dans l’herbe un jour de pluie et admirer les nuages. Sauter dans les flaques et rire aux éclats. Se parer d’habits de gala et se jeter dans la mer. Lire dans sa baignoire et souper au lit. Suivre nos délires en évitant le pire. Liberté de s’asseoir même si les autres se lèvent, liberté de commencer lorsque tout s’achève. Se coucher le matin et vivre la nuit. Fermer les volets et ouvrir les portes. Agir avec volonté, sans fléchir ni trembler, la chevelure au vent et le cœur vaillant, le corps droit et le pas décidé. Liberté de désirer lorsque tout est abandonné, toujours rêver quand le noir triomphe, tirer des plans, dessiner des projets et avancer en dépit des obstacles et des critiques. Liberté de choisir pour l’avenir car il vaut mieux être un acteur raté qui aura tout tenté qu’un spectateur peureux chargé de regrets.

 

Liberté d’oublier, le bien et le mauvais, les charges inutiles et les fardeaux nuisibles. Tout laisser ici-bas, tout quitter en l’état, car le présent est nocif et l’avenir futile. Effacer de nos esprits les caprices et les nostalgies, tourner la page et voir d’autres images. Fixer l’horizon sans jamais se retourner, détruire les feuilles d’une histoire mal achevée pour tenter de composer une œuvre plus heureuse. Quitter ce paysage et trouver d’autres rivages, faire le vide, gommer le sordide et même du meilleur vouloir d’autres heures.

 

Liberté d’aimer, sans voile ni secrets, en blanc ou en couleur, ici ou ailleurs. Se détacher des lois et des préjugés, des habitudes et des coutumes. Bafouer les interdits en toute légalité, se moquer des hommes et de leurs dogmes, dépasser l’ordre inscrit et les unions à proscrire. Se parler tout bas, sans lieux permis ni heures autorisées, simplement se trouver. S’embrasser, s’enlacer, et toujours recommencer, au mépris des mauvaises pensées, des fâcheuses consciences qui s’offensent de telles attitudes. Ne jamais résister mais toujours rêver, combattre la routine qui enlise la passion dans l’ennui. Négliger le raisonnable et le sérieux, ne pas chercher à être mieux. Liberté d’aimer en jeune ou en vieux, en petit ou grand, en mince ou en rond, pour un jour, une nuit ou l’éternité.

 

Liberté de mourir, sans cris, sans souffrir. Choisir sa date, son lieu et son heure. Eviter la déchéance et la dépendance, la pitié et la compassion, les malheurs et les pleurs. Suivre sa voie, sans principes ni manières mais jusqu’au terme demeurer digne. Songer au bleu du ciel, à la danse des blés, au chant de l’oiseau. Admirer le sourire de l’enfant, retrouver en lui celui que l’on fut et prier. Quitter cette terre en songeant une dernière fois, même si nous envahit le désarroi, que de cette vie nous n’avons rien à envier car nous avons toujours vécu dans la liberté.



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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES INTEMPORELLES - Communauté : Blois, autrement
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 14:35


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Dans notre société occidentale la solitude est vécue comme un déchirement voire un échec profond car, en pareil cas, l’individu moderne, bien que nanti des moyens de communication les plus sophistiqués lui permettant de correspondre avec les êtres vivant aux quatre coins de la planète, a été incapable de nouer une relation lui offrant la possibilité de sortir de son isolement, d’effacer cette séparation qui l’éloigne du monde. Quel que soit le contexte dans lequel il est utilisé le terme « séparation » possède toujours une connotation négative car la naissance, la vie et la mort ne sont que des suites de séparations.


Le bébé aborde l’existence en étant séparé de sa mère. La protection idéale fournie durant neuf mois, le lien extrême jamais plus retrouvé, cette intimité suprême partagée avec  celle qui lui fait don du plus précieux des cadeaux,  s’achève par une entrée dans la vie qui s’exprime de part et d’autre dans la douleur : celle de la mère lors de la délivrance parachevée par les cris du nourrisson à sa sortie. L’un et l’autre en sortiront métamorphosés, poursuivant longtemps leur chemin en tentant de récréer cette alliance unique. Il n’est pas rare de constater que les premiers temps la maman supporte mal ce ventre redevenu vide, comme le bébé cherche désespérément ce sein auquel il s’accroche si vivement, qui le rassure en rétablissant ce sentiment de fusion qui engendre une sensation de bien-être absolu, impression détruite lorsque fut coupé le cordon.


La naissance n’est qu’une des multiples facettes de la séparation car l’existence est jonchée de séparations.


La séparation s’affirme d’emblée dans notre langage avec sa grammaire ; une phrase est composée d’éléments bien distincts : un sujet, un verbe, des compléments. Genre, nombre, groupes, modes, temps. Analyse, conjugaison, voix active, passive. Il est indispensable de distinguer, isoler, classer.


La séparation ce peut être l’éloignement, l’exil, ce départ précipité et ces racines coupées dans l’urgence et la souffrance, pour des motifs politiques, économiques, sociaux ou religieux. C’est une histoire qui s’arrête pour qu’une autre tente de commencer, chargée d’espoir mais surtout noyée dans les regrets. C’est une nouvelle vie qu’il faut apprendre à découvrir, maîtriser puis apprécier. C’est la séparation issue de la parole étouffée, de la liberté assassinée, de l’égalité bafouée et de la fraternité oubliée. C’est la séparation du refus de nier son identité, de trahir ses convictions, d’obtempérer aux ordres du plus fort, le retrait lointain pour ne point entrer dans un combat où l’on perdrait tout honneur. L’esprit plus puissant que les armes, le triomphe de la pensée, sans doute aussi des illusions, au mépris de son propre équilibre, aux dépens de ceux que l’on est contraint d’abandonner sur place.

 

 

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La séparation c’est aussi la mort, la perte insoutenable d’un être cher. Le film d’un voyage, parfois trop court, qui touche à sa fin. L’instant fatidique où le souffle de la vie s’enfuit vers l’au-delà, que l’âme s’envole pour ce que les prières des survivants espèrent être le Paradis. Les yeux clos, la voix éteinte, le cœur arrêté, l’absence définitive. Le repos éternel en des sphères obscures, bien loin des réalités terrestres. Les pleurs, les cris et les souvenirs de ceux qui demeurent. Des clichés, des rires, des instants paisibles, des heures de bonheur, des moments de lutte qui se figent à jamais dans le néant des rescapés. Le vide profond qui envahit, les doutes et les remords. La vie qui continue, malgré tout.


La séparation c’est également la sécession née de la dissidence. L’autonomie gagnée par la contestation, nourrie d’idéaux, plus ou moins entachée de conflits sanglants, de joutes verbales virulentes et surchargée d’espérances inouïes. Le petit qui prend son indépendance, s’élance fièrement dans l’existence. La province ou la région qui se détache de l’Etat mère ; la prise de conscience de différences viscérales nécessitant l’affirmation d’une identité, le droit légitime à s’assumer seul, s’autogérer. Ce peut être le schisme survenu au sein d’un parti suite à des divergences d’opinions, l’étiolement de l’harmonie des idées, les désaccords sur des projets futurs.


La séparation surgit lors d’une dispersion lorsque les mots ne produisent plus d’échos, que la violence prend le relais et que seul la force légale ou la raison sont aptes à ramener la clémence. Les manifestations un peu trop musclées dissoutes, les rencontres houleuses que la sagesse se doit d’apaiser.


La séparation est également synonyme de division, ce fait de distinguer, de mettre à part. Elle s’apparente ici à la discrimination. Des décennies durant ce fut la triste et inacceptable réalité de la ségrégation raciale. Cet apartheid qui condamnait des populations entières à ne pas bénéficier des mêmes droits et services que les communautés gouvernantes simplement à cause d’une couleur de peau, d’une origine différente. Le pire de la face de l’homme, la conviction d’être supérieur à l’un de ses frères et commettre les actes les plus abjects pour le prouver. Une machine infernale. Non pas celle qui permettrait de trier le bon grain du mauvais comme cela peut être envisagé dans certaines conditions mais celle qui envoie les âmes brûler en enfer.


La séparation s’apparente aussi à une cloison, un mur, une haie. C’est l’objet érigé pour préservé son intimité, délimiter des pièces, un espace. Dans cette impression de gain de tranquillité, de liberté, c’est pourtant une évidence d’emprisonnement qui s’affirme. En effet  l’action est justifiable lorsqu’il s’agit de marquer les bornes d’un jardin, d’un intérieur mais beaucoup moins acceptable lorsqu’il est question de la construction de murs de séparation entre les états censés se protéger de voisins considérés comme « dangereux ». Les frontières géographiques devraient suffire mais pour certains il est essentiel d’aller au-delà, de réaliser même plus qu’une ligne de démarcation. A l’heure de la mondialisation c’est le choix d’un repli sur soi-même, un aveu de faiblesse de la part de ceux qui les dressent car ils espèrent ainsi se créer un rempart de dernier recours. La chute du mur de Berlin a pourtant prouvé l’échec de ce genre de partition.

 

 

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Au-delà de tous les visages que peut prendre une séparation il y en a un qui prédomine, celui de la rupture, le fait de cesser d’être ensemble car c’est un acte qui engendre beaucoup trop de désordres, de tourments, de chagrin pour demeurer anodin.


Séparation temporaire d’amis ou de parents qui se quittent. Un moment agréable en bonne compagnie est toujours difficile à interrompre. La quiétude des heures qui s’évapore, une osmose bienfaisante qui disparaît, une dépendance trop souvent inassouvie qui ressurgit. L’impatience des retrouvailles qui peuple l’espace.


Brouille passagère qui jette un froid dans les relations. Des disputes, des pauses prises, la colère puis l’indifférence. La sottise humaine qui fait souffrir inutilement. La difficulté à retrouver le chemin de l’entente. Les réconciliations qui tardent trop.


Discorde totale qui débouche inévitablement sur une désunion. La plus terrible des séparations car consécutive à la passion, survenant généralement après des mois voire des années de bons sentiments, de liens tissés dans la tendresse, à travers des envies communes, d’amour consacré par la naissance de progénitures, elle se révèle tout au long d’une métamorphose critique. L’indifférence, l’abandon, l’infidélité. Les crises, les injures, les larmes quand ce ne sont pas les coups ou la fuite pure et simple. Le divorce, l’intervention de la justice et de ses lois. L’amour qui se transforme en haine. Les victimes innocentes qui supportent aussi les dégâts causés par d’autres. Une véritable période d’angoisses, de chaos avec une réelle remise en cause de sa propre identité, de sa place dans la cellule familiale, au sein de la structure sociale. C’est la cruelle séparation par le temps et la distance. L’abstention et la privation.


Le dénominateur commun de toutes les sortes de séparations est bel et bien l’évidence de ne pas ou de ne plus être ensemble, dans la perte de cet état fusionnel où le moi s’est égaré jusqu’à se retrouver incapable d’être lui-même sans l’autre. Cette notion de l’amour de deux êtres qui tentent de n’en faire qu’un était déjà évoquée à travers le discours d’Aristophane dans « Le Banquet » de Platon. Nous sommes la moitié d’un être humain et nous cherchons sans cesse notre moitié. Lorsque cette rencontre se réalise nous sommes frappés d’un sentiment si fort que nous refusons d’en être séparés car notre âme ne souhaite qu’une chose, se fondre le plus possible dans l’autre pour former un même être. Le nom d’amour est donc donné à ce souhait de retrouver notre totalité, cet être unique décrit dans les légendes antiques. La séparation est l’acte destructeur de ce mythe, l’extinction de la relation, la solitude.

 

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES INTEMPORELLES - Communauté : Blois, autrement
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 22:11

 


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                    Napoléon 1°                                           Charles X

 


Classé parmi les pays les plus pauvres au monde, Haïti, suite au monstrueux séisme du 12 janvier 2010, est une nouvelle fois devenu la triste vedette d’un scénario catastrophe dont l’île se serait bien passée. Effrayée par cette tragédie humaine, par l’ampleur des dégâts, la communauté internationale s’est largement mobilisée afin de venir en aide aux Haïtiens qui avaient déjà enduré 4 cyclones aux effets dévastateurs en 2008 ; l’effort mondial aurait permis de récolter 1 milliard de dollars. Cette somme substantielle est néanmoins largement insuffisante lorsque l’on sait que la reconstruction seule de la capitale et de ses environs est estimée entre 8 et 14 milliards de dollars.

Le mercredi 17 février 2010, Monsieur Nicolas Sarkozy a concédé une visite éclair de 4 heures à Port-au-Prince et c’est depuis l’ambassade de France qu’il a annoncé le versement d’une aide de 326 millions d’euros ; cette somme correspondant notamment à l’annulation de la dette d’Haïti à la France pour un montant de 56 millions d’euros.

Annulation de la dette d’Haïti. 56 millions d’euros effacés pour tant d’autres escroqués. Depuis des décennies la France semble se moquer ouvertement de son ancienne colonie, joue la sourde oreille ou est atteinte d’amnésie en ce qui concerne les dommages engendrés par notre pays depuis des siècles sur cette île et ses habitants.

En effet, après la révolte des esclaves, insufflée par la Révolution Française, qui a abouti à l’abolition de l’esclavage en 1793, Toussaint Louverture, nommé gouverneur par la France, promulgua le 09 mai 1801 une constitution autonomiste qui lui conférait les pleins pouvoirs à vie.

Cette décision a naturellement fortement déplu à Napoléon Bonaparte qui, sous l’impulsion des Créoles et des négociants, envoya une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère, le général Leclerc, afin de démettre Louverture et de reprendre le contrôle de l’île. Toussaint Louverture fut certes arrêté puis emprisonné au Fort de Joux dans le Doubs où il est décédé le 07 avril 1803 mais les troupes françaises sous le commandement de Rochambeau finirent par être battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines.

Le 01 janvier 1804 l’indépendance d’Haïti fut proclamée mais le joug de la France sur ce pays est loin de s’alléger puisque par une ordonnance du 17 avril 1825 le roi Charles X concède une « indépendance pleine et entière » moyennant une somme de 150 millions de francs or. Cette somme est certes ramenée à 90 millions de francs or mais elle est à l’origine de l’endettement de l’état haïtien qui l’a toutefois intégralement apurée en 1885.

Le 07 avril 2003 le président Jean-Bertrand Aristide a réclamé officiellement à la France près de 21.7 milliards de dollars en « restitution et réparation » de la dette.

Cette dette de l’indépendance est une injustice totale voire une aberration car c’est le peuple haïtien qui a été victime de l’esclavage pendant des siècles, c’est le peuple haïtien qui a été entraîné par la France dans des affrontements tandis qu’il réclamait une indépendance légitime et c’est toujours le peuple haïtien qui a été ruiné par la métropole tandis qu’il pansait les plaies des précédents conflits, qu’il tentait de se reconstruire. Une dette de l’indépendance exigée à une communauté simplement parce qu’elle a osé se battre pour la liberté, la dignité et l’égalité entre tous les hommes, cela s’apparente à une outrageante injustice sociale. Et pourtant c’est ce que la France, pays des Droits de l’Homme, a imposé.

Depuis près de deux siècles,  des secteurs entiers et essentiels de l’économie comme l’éducation, la santé, sont condamnés suite à cette « réparation » exigée sous peine d’une nouvelle occupation.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a causé la mort d’environ 222 500 personnes, 300 000 blessés sont recensés et plus d’un million de sans-abri. Lors de ce drame ce sont 40% des fonctionnaires qui ont disparu et l’intégralité des bâtiments administratifs qui ont été détruits. Autant dire que c’est le pays tout entier qui est désorganisé.

Aussi lorsque Monsieur Sarkozy précise que « c’est aux Haïtiens de reprendre le contrôle » et de « définir un projet national », on a envie de pleurer sur ce genre de propos si stupides et on a honte qu’il soit président d’une nation comme la France. Reprendre le contrôle de quoi, Monsieur le Président, d’un champ de ruines ? Définir quel projet lorsque les caisses de l’Etat sont vides, que 80% des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté et que 54% sont dans le dénuement le plus total ? Parvenu à ce stade de la sottise humaine, il est des visites qu’il eut mieux fallu éviter, il est des prétendus amis que les Haïtiens devraient vraiment effacer définitivement de leur mémoire…


 

 

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Par VERONIQUE COULIBALY - Publié dans : CHRONIQUES ACTUELLES - Communauté : Blois, autrement
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